"La Fourmi et l'Eléphant"
"La Fourmi et
l'Eléphant" présentée dernièrement au Mouggar par le "Théâtre de la Mer" a remporté un succès
certain. Par le grand nombre de spectateurs pendant les quatre représentations
et les débats qui s'ensuivirent, cette pièce aura vraiment laissé une empreinte
et non des moindres dans l'évolution du jeune théâtre amateur (1). Nous avons eu une discussion avec quelques membres du Théâtre de
la Mer où nous avons pu relever quelques opinions sur le domaine du théâtre.
"Pour nous le théâtre algérien n'existe pas encore vraiment (2). Bien sûr on pourrait
parler du Théâtre National mais
qu'est-ce qu'il produit vraiment ?
"Si vous allez voir un homme du peuple,
il vous dira: le théâtre ? Non! Je connais pas.
Pour nous, le problème est là : le théâtre
doit exister pour le peuple alors qu'il n'en est rien à présent, puisque seuls
parlent du théâtre les gens du théâtre et les habitués du théâtre.
"Celui d'hier n'était que populiste:
parce que, comme le cinéma, comme tout autre spectacle, ce n'était pas le
nôtre, et il ne pouvait pas le devenir aujourd'hui. Notre théâtre doit être à la mesure de notre engagement dans la voie de
l'édification socialiste de notre société.
"Depuis la semaine culturelle d'Oran,
l'idée de la création d'une fédération du théâtre amateur est restée idée et elle est peut-être même tombée plus bas
dans l'oubli. Nuirait-elle à certains ? Peut-être, dans la mesure où le théâtre amateur, voyant ses activités légalisées,
pourra donner naissance à un vrai théâtre
de combat, idéologiquement solide puisqu'il sera mû par des gens désintéressés.
"A l'époque actuelle, chaque jour que vit
l'Algérie dans ses mutations peut être un thème pour le théâtre."
Le Théâtre de la Mer
fonctionne pratiquement depuis août 1968. Il a été conçu comme une école de
formation et de recherche théâtrale
et une compagnie professionnelle. Théâtre
expérimental, il pourrait être source d'originalité, contribuant ainsi à la
rénovation du monde théâtral.
Sa première production fut "Mon Coprs, Ta
Voix et Sa Pensée" qui traite de l'évolution de l'homme. La seconde fut
"La Valeur de l'Accord" où est posé la question: la technique
est-elle neutre? La dernière est
"La Fourmi et l'Eléphant" qui retrace le combat du peuple vietnamien
qui, tout en luttant au Sud, édifie au Nord. La pièce retrace la vie du peuple
vietnamien avant la colonisation française, puis sa résistance qui aboutit à la
victoire de Dien Bien Phu.
Par des mimes symbôliques, on se trouve tantôt
à la campagne, tantôt à l'usine. La convention des costumes des acteurs permet
de reconnaître le caractère social des personnages. On voit la mobilisation des
masses sous la direction d'un parti des travailleurs qui luttent farouchement
contre la réaction interne et l'impérialisme mondial.
Le Théâtre de la Mer
doit exister à des milliers d'exemplaires dans une Algérie qui bâtit le
socialisme malgré les machinations de la réaction et de l'impérialisme. On doit
bien se rendre à l'évidence finalement : ceux qui empêchent le théâtre amateur d'éclore sont bien là nos ennemis et
ce sont bien les mêmes qui empêchent la création de la Fédération du théâtre amateur, ceux qui disent: "Nous sommes
des professionnels, des artistes non des formateurs", réponse qui mérite
bien une question: en fait qui est le véritable artiste? Celui qui cherche et
qui crée, ou celui qui s'acharne sans beaucoup de génie à adapter, adapter,
adapter… (3)
Quotidien
"Achaab" d'Alger,
7-2-1971
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Notes de Kadour Naimi.
(1) A l'époque, tout le théâtre dit professionnel relevait de l'Etat, dont il était le salarié. Les très rares compagnies, comme le
"Théâtre de la Mer", qui, bien que professionnelles, refusaient de s'y
intégrer et existaient en marge, étaient quelques fois appelées
"amateur".
(2) Le
membre de la troupe qui parle, arrivé dans la compagnie quand celle-ci habitait
désormais à Alger, ne connait certainement pas l'oeuvre de l'Oranais
Abderrahmane Kaki.
(3) A l'époque, les professionnels se
contentaient d'adapter des oeuvres insipides dans leur contenu comme dans leur
esthétique, à de très rares exceptions comme Abdelkader Alloula et Abderrahmane
Kaki, lesquels, en toute logique, soutenaient du mieux qu'ils pouvaient le théâtre dit amateur.