Extrait du livre “Mille et une Année de théâtre arabe » de Tamara Alexandrovna Boutisiniga.
Traduit du russe en arabe par Tawfik Almou'din.
Edition Dar Alfarabi, Beyrouth (Liban),

Première édition 1981, deuxième édition 1990.


Des compagnies théâtrales nouvelles sont apparues de manière spontanée dans chacun des pays arabes, et toutes visaient fondamentalement à mettre l’art théâtral national au service du plus large public, stimulant l’intérêt du plus grand nombre de spectateurs, cherchant à contraster la domination du cinéma, de la télévision et des compagnies de simple divertissement, pour faire devenir le théâtre un eélément important parmi les éléments du progrès culturel et spirituel du peuple arabe, et une invitation à la création d’un art théâtral qui soit de progrès.

La compagnie du « Théâtre de la Mer » algérienne, fondée par Kadour Naimi, est à considérer un exemple pour ces compagnies. Elle a utilisé les formes antiques du spectacle arabe pour atteindre les nouveaux buts intellectuels. Durant mon séjour en Algérie, j’ai eu la possibilité d’assister aux activités de cette compagnie qui s’est créée alors que j’étais sur place. J’ai déjà écrit précédemment sur cette compagnie (1)...

Le Théâtre de la Mer était en même temps un studio (2) théâtral et une compagnie professionnelle. Un groupe de jeunes de la ville d’Oran ont, à la fin de l’été 1968, laissé le travail, la famille et la maison, et tout ce qui n’avait pas de relation directe avec le projet qu’ils aimaient, et se sont dédiés à la réalisation du «théâtre révolutionnaire, populaire, moderne», aussi bien dans la forme que dans le contenu. Cela fut aussi publiquement déclaré. Les membres de la compagnie passaient des heures et des heures, chaque jour, occupés à la formation, aux répétitions du spectacle et à tout ce qui concernait les problèmes d’organisation. 

Et le non de la compagnie ne fut pas choisi au hasard. La troupe avait un siège propre, et vivait et travaillait près de la mer (3). Elle présentait ensuite les spectacles dans n’importe quel lieu où pouvait se réunir un public. Ajoutons à cela que le principe de base pour la présentation des spectacles suivait le rite arabe antique de la "halga": les spectateurs encerclaient l’espace scénique et participaient personnellement au déroulement de la représentation. Et, avant chaque représentation, les règles de son déroulement étaient expliquées aux présents. Puis, plusieurs fois, les acteurs engageaient le dialogue avec les spectateurs, en demandant une opinion, une aide, et se lançaient ensemble dans une discussion autour de qui était représenté. Tout cela n’avait pas besoin d’une scène ni d’une salle pour le public. Le spectateur-participant devait être proche du lieu de l’action. Le décor essentiel, le systéme d’éclairage, les équipements, les effets spéciaux, tous ces éléments étaient facilement manipulables et transportables.

 

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(1) (Note de l'auteure) D’une manière détaillée, sur le Théâtre de la Mer  dans mon livre « Ici commence l’Afrique », Moscou, 1973.

 (2) (Nota de K. N.)  Par "studio", il faut entendre ici la formation, la recherche et l’expérimentation.

(3) (Note de K. N.) Sur la plage de Claire Fontane. Dans une villa abandonnée par son propriétaire.